Politis engagement à durée libre

3e RID-NBC de Saintes : désarmement, passe d’armes… et impasse ?

5 juin 2008, par Jean-François Hamon
Sur le thème “Désarmer pour vivre”, les Rencontres internationales pour le désarmement nucléaire, biologique et chimique (RID-NBC), troisièmes du nom, ont accueilli, les 9, 10 et 11 mai, à Saintes cette année encore, une centaine de personnes. Dont une vingtaine d’intervenants venus d’une dizaine de pays.

(Voir également ICI ma contribution sur le sujet parue dans Politis n° 1000)

Des intervenants parmi lesquels… les officiels de la diplomatie iranienne en France, emmenés par l’ambassadeur en personne. Une présence qui n’est pas passée inaperçue…

D’une part parce qu’il y avait déjà quelque chose d’un peu incongru à voir le diplomate et son aréopage de conseillers et gardes du corps glisser, avec cette sorte d’affectation caractéristique qui mélange la séduction, le sérieux et les civilités courtoises, au milieu d’une assemblée de gens issus de la société civile et exprimant des formes d’engagement militant aux aspérités beaucoup plus sensibles.

D’autre part parce que cette représentation diplomatique était la seule, excepté un conseiller politique de l’ambassade de Cuba, à avoir fait le déplacement à Saintes, tous les autres représentants invités (par dizaines sans doute) s’étant soit poliment excusés de leur absence, soit tout bonnement abstenus de répondre. Et du coup ce (quasi) cavalier seul d’un pays à qui l’actualité prête une réputation sulfureuse sur la question nucléaire n’a pas manqué de faire (un peu trop) l’événement, dans le genre dont peut raffoler un incontournable quotidien régional…

D’autre part encore parce la présence de l’ambassadeur à la tribune, le moment d’une table ronde venu, a totalement polarisé les échanges de celle-ci, qui se sont prestement transformés en un jeu de questions et réponses qui semblait surtout avoir pour but de tester la solidité de la langue de bois ou, plus finement, la sincérité de son contournement. Avec une intensité de répétition qui avait quelque chose de presque comique. Avec des effets de joute, entre la salle et le diplomate, à la fois convenus, volontaires et convaincus, mais fatalement trop chronophages pour ne pas s’avérer dommageables pour la suite du programme.

Enfin, last but not least, parce que cette participation iranienne aura constitué une sorte de cheval de Troie pour deux élus municipaux de Saintes, apparemment responsables associatifs en même temps mais, plus certainement, surtout mal intentionnés à l’égard des organisateurs des rencontres, qui annoncèrent un boycott de la manifestation au motif du non-respect des droits de l’homme par la république islamique (et d’une autre considération, nettement vaseuse, concernant la symbolique présidence de ces journées par le maire d’Hiroshima, toute formelle puisqu’il n’était pas présent, laquelle aurait obéré les atrocités japonaises durant la seconde guerre mondiale...). Et, quoiqu’il en soit, cet appel (évidemment bien relayé dans les pages de Sud Ouest) a semblé réussir à entraîner dans son sillage le nouveau maire socialiste de Saintes, lequel s’est au dernier moment décommandé de sa participation à la tribune d’ouverture des Rencontres, et n’a pas non plus reçu le représentant des “Maires pour la paix”, un réseau que préside le maire d’Hiroshima... Inauguration à laquelle le premier élu s’était pourtant très logiquement engagé, le conseil municipal ayant voté à l’unanimité l’adhésion de la ville à ce réseau le 5 mars dernier (en même temps qu’il décidait d’apporter une subvention aux Rencontres), même si c’était à l’époque une autre majorité politique qui conduisait la municipalité.

Une défection qui présage peut-être d’une remise en cause plus nette ou plus définitive dans le soutien de la cité saintongeaise à cette manifestation. De mauvais augure en tout cas pour la suite, et qui a paru avoir quelque peu déstabilisé l’association organisatrice, à savoir l’Action des citoyens pour le désarmement nucléaire (ACDN), animée par Jean-Marie Matagne, philosophe plus que passionné par le combat contre les armes nucléaires dans le monde.

Conséquence aussi ? Pas forcément. Mais l’affuence de la population saintongeaise n’était guère sensible durant ces trois journées...

Bref l’ambassadeur d’Iran, c’est encombrant, apparemment. Plus sérieusement, constatons que l’invitation faite, ès qualités, à des représentants diplomatiques aura pesé lourd. Tout cela pour le seul bénéfice de mettre les officiels iraniens sur le grill pendant quelques instants, ou pour quelques passes d’armes un peu vaines, où d’aucuns auront certes décelé d’infimes concessions du côté iranien : l’ambassadeur ayant par exemple accepté de facto de dialoguer avec un citoyen israélien, militant anti-nucléaire présent dans la salle (et même de lui serrer la main après l’échange...), alors que le représentant iranien, il y a deux ans, avait demandé qu’on éloigne de la tribune, au strict motif de sa nationalité israélienne, le portrait de Mordechai Vanunu – grande figure du combat anti-nucléaire en même temps que traître à sa patrie sioniste pour avoir il y a une vingtaine d’années largement déballé les preuves de l’armement nucléaire israélien (et à ce titre violemment réprimé, par dix-huit ans de prison d’emblée) –, ce qui constituait tout de même une exigence bien paradoxale et déplacée.

Malgré cette embûche, et malgré différents autres problèmes plus matériels ou d’organisation (difficultés de traduction des communications, qui ont parfois sérieusement alourdi les débats, retards constants sur les horaires annoncés et absence d’invités, débats trop hâtivement coupés ou redécoupés), on aura pu entendre des intervenants souvent passionnants dans leurs messages ou dans leurs analyses, et dressant au final un impressionnant tableau des dangers de notre monde. Notamment durant une télé-conférence au cours de laquelle furent rappelées tout à la fois les conséquences déjà connues et vérifiées mais si vite oubliées de l’utilisation des armes nucléaires, leur prolifération apparemment inexorable, la constante augmentation de la radioactivité artificielle sur presque toute la planète, le nouveau délire de militarisation que constitue le plan américain de bouclier spatial, on en passe et des meilleures...

Nul développement sur tout cela n’est possible ici. Il vous faudra espérer la publication d’actes de ces rencontres, dans un délai et une forme très incertains. Ou, mieux sans doute, explorer la Toile à travers les sites de ces associations ou personnes qui ont enrichi les journées de Saintes et parmi lesquelles on mentionnera particulièrement les suivantes (outre bien sûr l’ACDN organisatrice des Rencontres) : Abolition 2000 ; l’Association des victimes de la guerre du Golfe (AVIGOLFE) ; l’Association internationale pour la prévention des radiations ionisantes (AIPRI) ; le Centre de recherches sur la mondialisation (et le site globalresearch.ca) de Michel Chossudovski ; Monde sans guerres ; Mayors for Peace ; le Réseau MN3 ; le Comité israélien pour un Moyen-Orient sans armes de destruction massive ; André Bouny et le Comité international de soutien aux victimes vietnamiennes de l’Agent orange et au procès de New York.

DecorDecorDecor