Politis engagement à durée libre

Le nucléaire dans le cadre

8 juillet, par Jean-François Hamon
L’Appel de Politis a proposé un “cadre permanent d’action et de réflexion”. La question du nucléaire s’inscrit déjà au “menu” de ce cadre : une réaction et une actualité y invitent.

Parmi les réactions à l’Appel pour une alternative à gauche qui se sont exprimées depuis le 15 mai, la tribune libre de Stéphane Lhomme (dans le courrier des lecteurs de Politis n° 1006) m’a paru, somme toute, la plus avisée.

En cela d’abord qu’elle aborde sans ambages ce débat de fond pour ainsi dire culturel que Denis Sieffert, dans des “Questions de méthode” exposées dans le n° 1008 (p. 18), pose comme l’enjeu à terme de l’Appel. En cela ensuite que la question du recours au nucléaire, choix imposé, renvoie en fait à beaucoup d’autres : de la démocratie à la décroissance, en passant par l’éthique, la science et l’organisation du développement technique notamment.

Et puisqu’il est fait allusion par Denis Sieffert à l’“acquis” des “125 propositions” des collectifs antilibéraux, nombre de lecteurs du journal se souviendront qu’au cours des discussions menées pour l’élaboration de ces propositions, en octobre-décembre 2006, la question de la sortie du nucléaire en France constitua un sévère point d’achoppement. La nécessité de cette sortie, inscrite dans la première mouture de ces propositions, sous réserve d’une approbation référendaire garante de la conclusion démocratique d’un indispensable et vaste débat sur le sujet, fut fortement décriée et finalement si contestée par le PCF que celui-ci bloqua peu ou prou une rédaction consensuelle, recherchée sur cette question comme sur les autres, et l’on peut même considérer qu’elle devint, pour tous les opposants au choix de l’énergie nucléaire, au demeurant indéniablement majoritaires chez les antilibéraux des collectifs, l’une des perceptions majeures de l’impossible unité avec un courant communiste toujours arc-bouté sur cette option énergétique et sur un productivisme de mauvais aloi.

En 2008, le thème des choix énergétiques en France n’a évidemment pas reculé en importance, c’est même, bien sûr, la pénurie pétrolière s’installant durablement à l’horizon avec tous ses corollaires, le contraire. Et le recours au nucléaire, “contre les désordres climatiques”, devient la tasse de thé de nos gouvernants et autres décideurs transformés en commis voyageurs de cette excellence technologique nationale si injustement décriée par d’aucuns...

Bref, le sujet est d’une telle ampleur qu’il est bon, en effet, que l’un des porte-parole du Réseau Sortir du Nucléaire le sorte de sa besace pour le proposer au menu de l’action et de la réflexion suggérées par les rédacteurs de l’appel “politissien”. D’autant que, dans notre hebdomadaire, le sujet n’est pas si rebattu que ça : une seule contribution, par exemple (celle de Benjamin Dessus, dans le n° 975), l’abordait parmi “Ces questions qui fâchent à gauche…” publiées entre septembre et novembre 2007.

Pour finir, et prendre position, avec tant d’autres, contre l’option nucléaire, quelques lignes (surtout reprises d’un bref argumentaire des Amis de la Terre) pour justifier l’importance de la manifestation à laquelle le Réseau Sortir du Nucléaire appelle ce 12 juillet à Paris.

Le projet de construction d’un deuxième réacteur nucléaire “EPR” en France, claironné tout récemment par Sarkozy, ne serait en fait, s’il devait voir le jour, qu’un chantier long et coûteux ne bénéficiant qu’à un petit nombre d’intérêts privés grâce à des aides publiques déguisées.

A l’heure où l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs démarche les communes françaises pour trouver de nouveaux lieux de stockage de déchets nucléaires dont personne ne veut, la priorité absolue est de cesser de produire ce type de déchets. Cela passe par la fermeture urgente des réacteurs nucléaires les plus délabrés, par la recherche systématique d’économies de consommation électrique et par la mise en œuvre d’autres moyens de production d’électricité, plus souples et moins centralisés, moins dangereux pour les populations et pour les personnels.

Le nucléaire ne représente que 3 % de l’énergie commerciale consommée dans le monde. Cette technologie lourde, opaque et polluante (y compris par ses rejets radioactifs et chimiques quotidiens) ne peut en rien résoudre les problèmes urgents des automobilistes, des transporteurs routiers et de la pêche artisanale.

La libéralisation galopante du secteur de la production d’électricité et les logiques financières qui y président de façon croissante se soldent en outre par des empilements de sous-traitance, des dilutions de responsabilité et un surcroît de souffrance au travail, qui, malgré les efforts des personnels, rendent la sûreté des installations nucléaires tragiquement aléatoire. S’y ajoute la multiplication des phénomènes climatiques extrêmes et l’intensification des séismes, qui tous menacent l’indispensable refroidissement des réacteurs et des piscines de stockage.

Toutes les forces politiques peuvent se prononcer sur les scénarios de sortie du nucléaire en 5 ans et en 10 ans (un ou deux quinquennats), tels qu’ils ont été publiés à l’automne dernier par le Réseau Sortir du Nucléaire. Toutes les associations et tous les syndicats, à commencer par ceux qui comptent des adhérents sur des sites nucléaires, peuvent se mettre autour d’une table pour examiner les solutions de remplacement possibles et souhaitables à court terme.

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